La nuit la chambre devient l’antre des horreurs. Les deux masses obscures maintenant couchées l’une près de l’autre sont déchirées par la lame de lumière pénétrant des persiennes mal fermées avec un silence qui, il n’y a pas très longtemps, était un rassurant murmure urbain. La pièce est pleine d’une odeur répugnante, celle du vendredi, le jour du massacre des poissons. Ils dorment, dorment et rêvent comme dorment et rêvent les monstres assouvis. Ils grommellent, gémissent, sifflent, soufflent, suffoquent, se tournent et grommellent encore.

Dans son aquarium, immobile, terrorisé, le petit poisson rouge fixe les deux formes imprécises, craignant leur brusque réveil. Mais il craint davantage, vigilants sur les tables de nuit acajou, aux côtés du lit, plongés dans l’eau des verres, atroces comme de vagues promesses de mort, leurs sourires menaçants.

 

Lino

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Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /2009 13:08
- Publié dans : Auteurs invités - Par Ernest J. Brooms
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