Le slam des dix mots
Immobile, à l’entresol
J’ai perdu la boussole
Je cherche la passerelle
D’où partira la tourterelle
Porteuse des rhizomes
Qui seront plantés sur la zone
Tu lèves ton visage
Ton regard tente d’apprivoiser
Des types dans le voisinage
Qui cherchent à pavoiser
L’arbre à palabres
Le baobab glabre
D’un ton jubilatoire
Il parle de toi
Criant dans le réfectoire
Ses idées qui sentent le putois
Ses propos sans tact
Comme des tirs font des impacts
Il va s’attabler
Sur sa chaise se caler
Et sans fard déballer
Des phrases endiablées
Qui s’adressent à toi
Qui loge sous les toits
Lettre du bout du monde
Oh toi et ton visage, combien tu me manques.
Tel le renard ou la rose du Petit Prince, j’ai tenté d’apprivoiser quelque animal, ou quelque humain en m’installant sous l’arbre à palabres.
Avec tact, en éprouvant un sentiment jubilatoire, j’ai parlé, j’ai chanté, j’ai même invité le chef du village à s’attabler pour partager mon repas.
Las, ton visage, ton odeur, ta voix emplissaient mon corps et ma tête, tels les rhizomes du trèfles lorsqu’il envahissent les prés.
Mes tentatives de bâtir une passerelle entre mon monde et le leur sont restées vaines.
Pourtant, j’ai suivi tes conseils, me suis référé à tes consignes comme si celles-ci n’étaient autre que l’aiguille de la boussole m’indiquant la direction à suivre. Ai-je manque de tact ? N’ai-je pas suffisamment pris de précautions oratoires ?
Ou plus simplement la communication était-elle impossible entre gens ne parlant pas la même langue et ne vivant pas dans le même monde ?
Quand te reverrai-je, toi qui vit à l’autre bout de la planète ?
Ana Surret