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Une chienne de faïence. Quand soudain, Estelle pose une question, par politesse … briser le silence qui
l’insupporte.
Par politesse ou inconscience, elle accepté l’invitation de sa fantasque voisine. Pourtant, elle savait, pour les avoir déjà rencontrés, que les autres convives étaient des monstres de
snobisme.
La question a déclenché un torrent inattendu. Les femmes vêtues des tout derniers modèles du tout dernier designer de talent paradent en gloussant les anglicismes à la mode. Elles
détaillent la simple tenue d’Estelle sans vergogne sous leurs sourires faussement compatissants.
Les hommes, deux frères, sont de magnifiques spécimens : grands, bronzés, cheveux et yeux noirs. Deux beaux ténébreux sûrs d’eux se jouant d’Estelle comme d’une quantité négligeable. Ils
l’ont à peine saluée à son arrivée… Dans leur prunelle, Estelle a lu : « Voilà la petite provinciale qui débarque… ». Ils n’ont évidemment aucun souvenir de leur rencontre précédente. Ils
se meuvent avec aisance dans le décor design aux lignes pures, s’intègrent parfaitement dans le lacis blanc, gris, noir des tapis et des meubles. Estelle est au bord de la nausée. Le
mépris affiché par les Apollon n’est qu’une ode à leur propre perfection.
Leur dédain s’étend à l’art, la littérature et le cinéma. Ils s’extasient de préférence devant les divagations d’auteurs défoncés ou de peintres dangereusement alcooliques ou dépressifs.
Le génie de ces êtres décadents est si rare ! De quoi tomber en pâmoison lors d’un vernissage partagé par d’autres admirateurs fanatiques de la même trempe, dans une orgie
d’autosatisfaction, petits-fours et champagne.
Avec stupeur, Estelle, qui en connaît un rayon en littérature, ancienne et moderne, entend l’aîné massacrer allègrement Aaron Fizz, un auteur qu’elle adore. Aucun argument n’étaye ses
dires. Elle meurt d’envie de lui poser une question, une toute petite…Il a mentionné ‘The Twisting Olive’, un roman digne de valser à la poubelle, ce qu’il a fait !
Et c’est alors qu’Estelle pose la question : « La mise en scène du meurtre était pourtant palpitante, je trouve ». Silence. Quelle audace ! Oeillades menaçantes … mais de quoi se pique
cette greluche ? Oser mettre en doute l’avis éclairé de l’éphèbe !
Goguenard, Charles-Edouard considère Estelle. Soupir du professeur face à l’élève débile… : « Mais, ma p’tite, j’ai trouvé ça à chier. ». Le mot grossier dans la bouche d’un snobinard,
c’est d’un chic… ! Tous les regards braqués sur elle lui envoient le message, sincère celui-là, « Cassée, connasse ! ».
Estelle se lève et sourit de toutes ses dents, tout en le fixant : « Sauf que « The Twisting Olive », c’est une pièce de théâtre, qu’il s’agit de tout sauf d’un meurtre et que tu es le
plus grand prétentieux ignare que j’aie jamais rencontré, même si tu as de sérieux rivaux dans cette pièce… ».
Elle quitte la maison, toujours souriante mais le cœur battant, tandis que les bouches bées la suivent, incapables de proférer un son et que les yeux écarquillés l’envisagent d’un air
effaré.
Estelle murmure un « Yes ! » vainqueur. Mais elle a envie de le crier. Elle a osé, enfin ! Mais, consciente des bouches et des yeux vrillant encore son dos, elle reste de faïence.
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