…TOTJORN MAI
Lille, février 2008
Etienne,
Sous la douche, l’eau ruisselait sur mon corps et les souvenirs de nos baignades affluaient mêlant nos rires au soleil d’exotiques vacances. Je m’enveloppais dans un peignoir de douceur quand mon portable vibra. Un court message. De toi. « Pense à toi tout le temps… ». Les mains encore humides, dans le brouillard vaporeux de la salle de bain, je fixais l’écran jusqu’à ce qu’il s’éteignît lentement. Tes mots s’effacèrent, telle la lumière d’un soleil coulant en douceur à l’horizon de la Mer Rouge. Mais ils restèrent là à trotter dans ma tête. Une mélodie vous hante dès le matin et ne vous quitte plus de la journée.
Je pense à toi tout le temps aussi. Il fallait que je te l’écrive, en vrai, sur une vraie lettre et que je te l’envoie dans une vraie enveloppe. Qu’elle traverse La France, descende la Garonne et te parvienne à Toulouse, la ville rose où tu m’attends. Te rappelles-tu m’avoir appris la devise locale « Per Tolosa totjorn mai » (Pour Toulouse, toujours plus) ? Je t’ai répondu… non… pour Etienne, toujours plus ! Tu as souri, m’as serré la taille et d’un pas nonchalant - celui de ceux qui savourent l’instant - tu m’as fait découvrir le quartier Saint… Etienne et ses antiquaires, sacs, tableaux, mobiliers et accessoires romantiques de toutes couleurs… Te souviens-tu de la Maison de la Violette ? Une péniche insolite totalement habitée de cette fleur : violettes sucrées, en bain mousse et même en confiture… Ce parfum ne quitte jamais ma peau. Il me relie sans cesse à toi. Qui penses à moi…
Ici, dans le Nord, le brouillard, la pluie et le froid se disputent la place. La distance qui nous sépare, qu’elle soit kilométrique ou climatique, s’ajoute encore à la douleur de ton absence. La distance. La différence aussi. Toi du sud, moi du nord. Tes cheveux noirs, à moi les blonds. Et tous ces gens qui nous dévisagent, jaloux du bonheur qui nous explose. Qui refusent la différence et se tiennent à distance. Ce sont les deux mots d’un triste refrain.
Je pense à toi… toujours plus ! Dans quelques heures, je te verrai, pour un week-end. Je retrouverai ta peau et tes baisers, ton sourire et tes silences qui en disent long, ta force et ta tendresse. Et cette lettre te parviendra peut-être après mon départ. Elle te dira combien tu me manques, que tu es devenu nécessaire à ma vie… à ma survie, que tu vis en moi à chaque instant. Elle dira combien je t’aime !
… totjorn mai
Je me parfume de violette, ma peau et mes vêtements te prolongent. J’ai encore le goût du sud dans ma gorge. La différence se dispute la distance. Le prochain week-end prend des allures d’éternité. Tu viens chez moi, dans le nord et ses chemins de brouillards. Tu l’as promis. Une semaine à t’imaginer. Près de moi. Mon portable vibre. Un court message. De toi. Il vient de la ville rose. « André, je pense à toi… toujours plus ! »…
